Certains sujets me réveillent, en voici quelques un : les compensations carbone, la circularité, la régénération, le passage du produit au service.
1) Une chose qui me fait régulièrement "bondir" est l'ineptie des compensations carbone non "assurées" sur e.g. les 2 000 prochaines années - cf. ISO 14068 chap 11.2.d "carbon credit shall be permanent". Permanent, ce n'est pas 1 an, 10 ans, ni même 100 ans (même si l'effet de serre à 100 ans est celui qui est le plus souvent calculé). Il faudrait parler de "neutralité climat" ou "compensation climat"... afin que tous prennent conscience qu'il ne s'agit pas de faire capter 1 t de CO2 quand vous émettez 1 t de CO2 pour "compenser", il faut capter le CO2 "de façon permanente".
A ce niveau là d'exigence, il n'y a pas beaucoup de techniques qui respectent l'exigence de "captation permanente" pour avoir un effet sur le climat. Certains tentent d'estimer les pertes dans les 1000 ans qui viennent (80% ?)... une gestion par une estimation des risques de pertes qui n'engage pas ceux qui font cette estimation à corriger s'ils se trompent, ni ceux qui gèrent les captations. Quoiqu'il en soit, cette approche est contraire aux exigences internationales de permanence telles que rédigées dans la norme ISO 14068.
Voici un exemple pour la biodiversité : les RIBITS - Regulatory In-lieu fee and Bank Information Tracking System. Dans ce système - américain au demeurant - qui se veut permanent (judiciarisé plutôt qu'assuré), le coût de l'hectare de compensation permanente peut valoir jusqu'à 30 fois plus qu'un hectare de forêt française. Imaginez si la compensation carbone d'un vol aérien low-cost, parfois aujourd'hui vendue à 5 euros la tonne de CO2, passait à 150 euros... peut-être que là chacun prendrait mieux conscience du coût des externalités (par les dommages) associées à l'effet de serre... et que la compensation serait alors plus qu'un coup de peinture verte sur un billet d'avion.
A titre individuel, chacun peut d'abord agir pour réduire... et questionner les porteurs de solutions de compensations qu'on vous propose si vous trouvez que la permanence n'est pas garantie.
2) Un second point concerne le sujet de la circularité ("économie circulaire") qui est devenue la nouvelle "solution" pour économiser les ressources, et réduire les impacts environnementaux. C'est une idée préconçue et, à ce titre, il est indispensable de quantifier (e.g. avec l'ACV selon ISO 14044) les actions de circularité pour s'assurer qu'elles apportent bien une performance environnementale améliorée. Il m'a souvent semblé simple de trouver des contre-exemples aux généralités qui sont émises en la matière - la quantification apporte des limites de validité qui encadrent les affirmations et les crédibilisent.
A titre individuel, avoir bien en tête différents R et tenter de les décliner à son usage, pour les produits dont on dispose...
Quand on y réfléchit, ces actions n'ont rien de bien innovant... une grande partie fait partie de mon éducation ! C'est l'application de l'ensemble, systématique, par tous, qui apportera des réductions d'impacts environnementaux. Evidemment, cela réduit la consommation de biens, donc la fameuse "croissance" qui est indexée dessus. Je consomme peu. Mon club de voile PLSVoile consomme peu. Et oui, la consommation de biens génère des impacts environnementaux. Il faut éviter la consommation inutile de biens, ce qui n'empêche pas de bénéficier des services qu'ils rendent, soit par l'utilisation de "vieux" produits (les R), soit par le passage du produit au service (voir plus bas).
3) Les actions de régénération sont indispensables. Il faut bien sûr réduire la vitesse de destruction de l'environnement sur les axes des limites planétaires (jusqu'à zéro donc) MAIS ce n'est pas suffisant. Il faut de plus agir pour régénérer ce qui a été détruit, à l'image des actions du Protocole de Montréal de 1987 qui ont permis de régénérer la couche d'ozone. Remarque : il faut d'abord réduire un maximum (mot clef = sobriété), puis régénérer... régénérer seulement ne suffit pas !
L'adaptation tant vantée aujourd'hui est indispensable pour nous donner un peu de temps d'agir pour stopper l'atteinte aux limites planétaires et régénérer. Nous avons besoin d'adaptation pas uniquement pour tenir face au changement climatique : il va falloir s'adapter sur les autres axes, e.g. continuer à disposer d'eau potable pour tous, à ne pas intoxiquer les gens et la biodiversité... et ainsi à conserver des polinisateurs actifs...
Il faut ainsi recréer des espaces de biodiversité, retirer le plastique des océans, dépolluer les sites et sols pollués et l'eau des nappes...
A titre individuel, ce n'est pas simple. D'un point de vue biodiversité, un petit geste consiste à jeter quelques sachets de graines mellifères, noyaux ou autre dans la nature...
4) Le passage du produit au service est un autre de mes sujets favoris. De fait, Thierry Kazazian, le coordinateur de l'ouvrage collectif "Il y aura l'âge des choses légères", avait noté qu'on utilise une perceuse qu'on achète en moyenne 7 mn au total, alors qu'elle est prévue pour plusieurs milliers d'heures de fonctionnement. On n'appelle pas cela rentabiliser l'achat d'un produit ! ni rentabiliser l'investissement d'impacts environnementaux qui a été fait pour la produire... D'autres façons de faire existent, d'autres modèles d'affaire donc. Notamment, louer une perceuse (ça reste cher), ou tout simplement l'emprunter à son voisin, à sa famille, à un gardien qui la tient à disposition pour une résidence... L'idée est de disposer du service rendu sans devenir propriétaire du produit qui le rend.
L'ADEME explique bien tout cela, on parle aujourd'hui "d'économie de la fonctionnalité". Ce nouveau modèle d'affaires est souvent plus vertueux d'un point de vue environnemental, et apporte d'autres bénéfices (fidélisation des clients...) aux entreprises. Il reste toutefois nécessaire, comme pour les actions de circularité, de quantifier les solutions d'économie de la fonctionnalité pour vérifier le domaine de validité où elles apportent bien une performance environnementale améliorée. Il est là encore facile sinon de trouver des contre-exemples.
A titre individuel, vous pouvez constituer des groupes informels de partage de petits équipements, par exemple dans des copropriétés. C'est d'ailleurs parfois formalisé dans certains pays, notamment quand il y a des gardiens (e.g. une laverie dans les caves de petites copropriétés). Le fait d'être dans un club de voile comme PLSVoile, ou de louer des bateaux habitables, permet de naviguer dans acheter de bateau. A quoi servirait de tenir un bateau dans un port et de l'utiliser 10% du temps...
...
n) Et évidemment les points de vue de mon ouvrage avec Laurent Grisel "L'Analyse du Cycle de Vie (ACV) d'un produit ou d'un service : applications et mise en pratique" où nous avons montré des applications pratiques de l'ACV (PEF et le DPP n'existaient pas à l'époque).
Que importa la vida de un hombre cuando está en peligro el futuro de la humanidad!