TEXTE n°30

Titre : et s'il y avait un label équitable sur certains produits issus de l'agriculture et de l'élevage français ?

Date: Novembre 2010
Mots clefs : AGRICULTURE, COMMERCE, DISTRIBUTEUR, EQUITABLE, FRANCE, INDIVIDU

Résumé : une solution pour que les agriculteurs français puissent gagner leur vie par leur travail ?!

Le commerce équitable, c'est d'abord une façon de permettre une plus forte (i.e. "juste") rémunération des producteurs (essentiellement des agriculteurs) du "Sud", ce qui donne approximativement une rémunération double au producteur. L'un des principes du commerce équitable est de ne pas chercher à faire concurrence aux producteurs locaux, i.e. de ne mettre sur le marché français que des produits qui ne sont pas fabriqués en France (chocolat, thé...), en concurrence avec uniquement d'autres produits d'importation. In fine, quand on regarde les marges le long de la filière, les distributeurs ne changent pas grand chose à leurs pratiques (i.e. ne baissent pas leur marges, qui représentent plus de 90% du coût du produit) quand ils mettent un produit équitable sur le marché : le surcoût payé par le consommateur (et qui lui paraît faible, puisqu'en fait il n'est que de 10% du prix du produit !) correspond à l'augmentation de la rémunération du producteur (doublée donc). Sur le fond, c'est "agréable" (pour le consommateur) de penser que ce qu'il paye en plus va "directement" dans la poche du producteur (même si on peut regretter que les distributeurs ne fassent pas vraiment plus d'efforts tout en ayant un bénéfice d'image très fort par leur mise sur le marché dans leurs boutiques de ces produits). Au delà d'assurer un meilleur niveau de vie aux producteurs locaux (pérennisant d'une certaine façon leur activité avec des prix d'achat "garantis" tout au long de l'année, indépendamment de la variation des cours mondiaux, garantissant des débouchés par des contrats long terme), des exigences sont ajoutées pour qu'il puisse recevoir le label (une contrepartie), concernant notamment (et surtout) les conditions sociales de travail de ses employés. Accessoirement, ces produits ne sont a priori ni meilleurs ni moins bons que d'autres (non équitables) du point de vue de leur qualité gustatives, nutritionnelles, ou sanitaires, ou encore du point de vue de l'environnement. Il faut ajouter un label AB (Bio) pour couvrir les aspects sanitaires. Il faut les goûter pour savoir si on les aime (ils sont parfois très bons !). Et il faut des critères d'Ecolabel, ou autres, pour garantir une performance environnementale meilleure que des produits traditionnels.

Quand j'entends la situation économique de l'agriculture et l'élevage en France, je me dis qu'il est maintenant urgent d'introduire le label équitable sur les produits issus de l'agriculture et de l'élevage français. Voici quelques arguments, s'il vous en faut.

Tout d'abord, cela ne nuira pas aux produits des pays du Sud, puisque les produits français ne sont pas en concurrence, par définition du Commerce équitable, avec les produits du Commerce équitable du "Sud".

On constate donc que les producteurs (agriculteurs, éleveurs) ne gagnent pas assez d'argent, quand les distributeurs semblent avoir "la belle vie" et satisfont leurs actionnaires. Nos producteurs sont dans le cas des producteurs du "Sud" : leur rémunération est "négligeable" par rapport au coût total du produit, une multiplication par deux de leurs revenus serait très bienvenue et les consommateurs ne verraient presque pas la différence. Le rôle que jouent les distributeurs... certains disent qu'ils sont responsables à la fois de l'augmentation des prix en boutique et de la réduction des revenus des agriculteurs ! Ces distributeurs ne savent pas quoi répondre... Je propose ici une action simple : associer les distributeurs par la mise en place d'un "label équitable français". Le distributeur va s'organiser pour que les producteurs français bénéficient des mêmes avantages que les producteurs du Sud, en mettant un place un label équitable français : doublement du prix d'achat des produits par rapport au prix de base, toutes choses égales par ailleurs (e.g. coûts de distribution), garantie de prix toute l'année, sécurisation de la filière et des débouchés. Bien évidemment, la réglementation sociale française s'applique... garantissant (pro-rata les contrôles) le niveau social réglementaire chez tous les producteurs français. Si l'on veut mettre des exigences en contrepartie de l'obtention du label, il faut donc trouver autre chose qu'une application simple de la réglementation sociale. On pourrait très bien ajouter des critères sociaux plus exigeants que la simple réglementation, comme par exemple instaurer un "niveau minimum de pérennité" (à déterminer) des employés du producteur bénéficiant du label Commerce équitable français.

Il s'agit bien de commerce équitable. Le seul vrai écart à la définition de base est l'origine des produits (France au lieu de "Sud"). Si on veut un label avec un nom différent, en étant transparent sur la différence, appelons le label "Commerce Equitable Français". On dira "ce produit est issu des filières de Commerce équitable français".

Sa mise en place est possible ! C'est déjà (en partie) un peu ce que font certaines AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) : prix constant pour un panier de légumes toute l'année, le contenu (nature et quantité) du panier étant variable en fonction des légumes de la saison et de leur productivité. Comme autre exemple déjà pratiqué, je vous demanderai juste de penser à ces produits d'exceptionnelle qualité que vous achetez "directement à la ferme" (par Internet par exemple) ou directement à l'éleveur (viande en demi-gros achetée sur place) et qui sont moins chers que les produits de grande distribution.

On lit souvent que 50% du revenu des agriculteurs provient en Europe des aides qu'ils reçoivent grâce à la Politique Agricole Commune (PAC). Cependant, une évolution importante est prévue pour la PAC à partir de 2013 : fini (sans aucun doute) les aides massives à l'agriculture !!! Elles avaient été prolongées de façon exceptionnelle (et surprenante d'ailleurs) grâce à l'intervention personnelle de Jacques Chirac en 2003 lors de la précédente révision de la PAC. L'exploit de Jacques Chirac (du point de vue de nos agriculteurs) a peu de chances d'être reproduit d'ici 2013, du fait notamment de l'opposition du reste de l'Europe à financer nos agriculteurs français et notre administration, dont les organismes en charge de la répartition des financements européens gardent au passage parfois jusqu'à 60% des financements européens en frais de fonctionnement. Je ne parle pas ici de la volonté (ou non) de notre président de tenter un exploit à la Chirac (i.e. continuer à obtenir des financements massifs pour notre agriculture), ni même de la pertinence de l'existence d'un système qui "fonctionnarise" nos agriculteurs, actant de leur impossibilité à vivre directement des revenus de leur travail, ni encore de l'inefficacité du système de marché actuel où les agriculteurs français ne peuvent justement pas fixer des prix de vente de leurs produits qui leur permettraient de (sur)vivre par leur travail... alors que ces prix représentent une fraction infime du prix d'achat final par les consommateurs (cette faible fraction est d'ailleurs bien là tout le fondement de la réflexion menant à un label "Commerce équitable français" qui permet de dépasser pour ces produits le système de l'échange fondé seulement sur les prix). Quand les aides de la PAC disparaîtront (ou seront réduites de façon très importantes), seuls les producteurs inscrits dans un système (quel qu'il soit) qui permet de leur faire gagner deux fois plus d'argent qu'aujourd'hui, avec la même quantité de travail, survivront (compensant la perte des 50% d'aides). 2013, c'est demain. C'est urgent !!!

Alors les distributeurs... action ? Ce serait un label du tonnerre, bénéficiant, par sa sémantique et sa pertinence, d'une éducation du consommateur de plus de 10 ans. J'achèterai très consciencieusement ces produits issus du "Commerce équitable français", et j'en serai très heureux, car il est essentiel de maintenir une agriculture en France. S'il n'y a pas de label "Commerce équitable français", les achats "directement à la ferme" vont continuer à se développer et prendre une ampleur significative. La "centralisation" / l'organisation à la française (comme l'aiment certaines élites) en prendra un coup dans l'aile (c'est déjà en cours) avec le développement fort de l'achat direct au producteur, qui ira de pair avec la réduction du marché pour les MDD et les grandes marques.

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